©Isabelle Arthuis
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YouTube - NOTHING TO DO

4 min - 9 févr. 2011 - Importé par 76ruedelaroquette
NOTHING TO DO d'après Pascalle Monnier, une pièce mise en scène et jouée par Emma Morin. Musique originale de Ryan Kernoa et Frédéric ...
www.youtube.com/watch?v=Jcm6ixzcHgg
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Nothing to do

Emma Morin

 

Beau geste Théâtre 4

On était venu presque par hasard. Il n'y avait pas foule ce soir-là dans le petit Théâtre de la Bastille (Paris). Très peu de gens connaissent la comédienne et metteuse en scène Emma Morin. Comme tant d'autres artistes d'aujourd'hui, elle est une épisodique des plateaux. Une production laborieusement montée avec des bouts de ficelle ; deux ou trois dates grappillées ici et là ; quelques mois, parfois un an, entre chacune ; et puis, après, un long, très long effacement... Pourtant, dès le début de Nothing to do, on est harponné par la voix d'Emma Morin, aussi belle qu'un drapé. Deux musiciens à ses côtés, un travail de la lumière qui creuse plus qu'il ne remplit, des images sur un tulle, tels des ombres ou des souvenirs, et puis des questions. Des questions sans adresse, infiniment reprises (texte de Pascale Monnier), qu'Emma Morin semble tisser depuis la nuit des temps. La vie qui tremble et fait trembler. Les prochaines dates prévues ? Pas avant les 29 février et 1er mars 2012 à Nîmes.

Daniel Conrod

Telerama n° 3196 - 16 avril 2011
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« Et cette maison, Tim, tu la trouves jolie? Ces volets verts, c’est beau non? Et cette fille, Tim? Tu la trouves jolie? Ça te plairait d’habiter dans la maison avec cette fille? Tu avais déjà vu une aussi jolie fille, Tim? Dans le cadre de son Hors-Série, le théâtre de la Bastille présente « Nothing to do » , un spectacle d’Emma Morin sur un texte de Pascalle Monnier.

Cela commence par une pénombre, on entend une guitare électrique qui s’installe, on devine un homme qui bouge, une femme qui s’avance. Au moment où le noir se fait clair-obscur, la lumière s’éteint totalement pour laisser place à la voix d’Emma Morin. C’est sans la voir que nous l’écoutons poser ses questions à Ben, Tim et Paul.

Nothing to do est une proposition sur l’espace et la distance. Le public est séparé des comédiens par un rideau rigide transparent. A l’image d’un film en noir et blanc ou d’un écran filmé à travers un autre écran, la vision est brouillée. Emma Morin est dans un temps obsessionnel , elle questionne sans relâche des personnes qui ne sont pas là. Elle s’installe dans la durée provoquant une gêne. Lancinante, la très belle  guitare de Ryan Kernoa vient répondre à ses interrogations dans un rythme lent, jusqu’au moment où un second personnage viendra gueuler et faire s’envoler des éléments de décors, comme pour la faire taire.

« Nothing to do » est une performance qui ne peut laisser indifférent où,  si l’on accepte de se laisser emmener, on entre dans la douce folie de cette femme et l’on se prend à imaginer des ballades venteuses à la campagne, à l’image de sa veste qui danse. Il n’y a pas de réelle histoire dans ce spectacle, juste une émotion et des questions sur la relation à l’autre, l’espace et le temps.

 

le 22 février 2011 Par Amelie Blaustein Niddam  / Toute la culture.com

©Isabelle Arthuis
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Théâtre Garonne / 2011 2012

 

Actrice et musicienne, Emma Morin s’engage dans des projets qui répondent à sa passion d’une écriture, souvent non théâtrale qu’elle porte au plateau, avec la générosité d’une performeuse. Dans sa précédente pièce, Listen to me, elle incarnait la langue de Gertrude Stein, corps et voix à l’unisson avec l’espace lumineux imaginé par Laurent Bénard. Pour Nothing to do, le duo passe au quatuor avec le guitariste Ryan Kernoa et le chanteur Frédéric Jouanlong, issus de la scène rock radicale et dont la musique teinte la scène de colories blues. Soit, en anglais : blues devils – diables bleus, idées noires – ou en vieux français : histoire personnelle, bluette, chanson à la première personne. Ce qui définit assez bien ces textes de Pascalle Monnier, une suite de questions qu’une femme adresse inlassablement autour d’elle, à Tim, Ben, Lise… sans écho en retour. Sa quête obsessionnelle creuse l’immensité intérieure d’une personne qui recrée le monde à partir d’une extrême solitude. A la présence envoûtante de la comédienne, la musique live répond par ondes successives qui font vibrer la parole tout en préservant le mystère, créant un espace multisensoriel d’une intense théâtralité.

Théâtre de Nîmes / 2011 2012

 

« ET CETTE MAISON TIM, tu la trouves jolie ? Et cette fille, Tim ?... » Autant de questions auxquelles personne ne répond, qui n’attendent pas de réponse. Après s’être plongée dans l’écriture de l’américaine Gertrude Stein avec Listen to me, Emma Morin se glisse dans celle, contemporaine, fluide et légère de Pascalle Monnier. Nothing to do est un voyage hors du temps, une dérive acoustique et intuitive. Au fil de phrases irrésolues, la comédienne manipule la texture des mots, faisant sienne la sensibilité à fleur de peau qui y est logée. En contrepoint de sa voix solitaire, le guitariste Ryan Kernoa et le chanteur Frédéric Jouanlong créent des résonances, creusent un sillon dans une mémoire qui flirte avec l’oubli. Les flux visuels et sonores s’entrecroisent. Derrière le voile du passé, la scénographie prend le grain si particulier des films en noir et blanc des années 50-60. A distance, l’émotion s’emballe.
Nothing to do ne raconte pas à proprement une histoire, il en raconte plusieurs, celles du temps qui passe, du désir, de l’absence. On y parle de « ce léger tremblement de l’air, de cette chaleur, de cette douceur... » dans les confins d’une quête spatiale et lumineuse. Si une forme de folie se fait de plus en plus prégnante, elle se nourrit d’une étrange familiarité, comme si le paysage de campagne évoqué appartenait à notre propre mémoire.

©Isabelle Arthuis
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Dans un univers sensoriel et mental à fleur de peau, Emma Morin tisse un canevas de souvenirs incertains, un ballet de mots tout en chair et en vibrations sensitives.


Textes Pascalle Monnier

 

Conception et jeu
Emma Morin

Composition musicale et guitare Ryan Kernoa
Composition musicale et voix Frédéric Jouanlong
Lumières Laurent Bénard
Conception son Stephan Krieger

Production Le cercle nombreux. Coproduction La Fonderie/Le Mans, Théâtre de Nîmes. Théâtre de la Bastille/Paris, Théâtre Garonne/Toulouse, La Centrifugeuse-Université de Pau.